• La Souris Chauve

L’énigme des Shadoks et des éléphants

Dernière mise à jour : nov. 16

par La Souris Chauve.



En farfouillant dans les articles de presse du jour, comme souvent fort peu réjouissants, La Souris Chauve est tombée sur un article de Sud Ouest qui a retenu son attention : Covid-19 : l'Europe face à la cinquième vague et l'énigme belge. Plus précisément, elle a buté sur le passage suivant qui évoque la situation de nos voisins belges :



Le paradoxe belge


Malgré un taux de vaccination complète très haut (74 % contre 68 % en France), la situation sanitaire s’emballe depuis la mi-octobre en Belgique. Le dernier bulletin épidémiologique de l’institut Sciensano relève une hausse de 30 % des hospitalisations et des admissions en réanimation.

Le plat pays est en proie à une situation très paradoxale puisque, entre le 21 octobre et le 3 novembre, 64 % des personnes hospitalisées et 54 % des patients en réanimation étaient complètement vaccinés. Chez les plus de 65 ans, le taux de contamination est même plus élevé chez les vaccinés complets (taux incidence de 454 cas pour 100 000 habitants) que chez les non-vaccinés ou les vaccinés partiels (330).

Tous les adultes vont être invités à se faire injecter une 3e dose : « des semaines difficiles s’annoncent, a prévenu le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Le niveau de contamination est trop élevé et mène à des problèmes dans les soins de santé. Nous voyons que les vaccins sont très efficaces, mais il s’avère que comme c’est le cas avec beaucoup de vaccins, après un certain temps, il faut un « booster » ».



En somme, la plupart des personnes qui sont actuellement hospitalisées, voire en réanimation en Belgique sont complètement vaccinés, et le taux d’incidence chez les plus de 65 ans est plus élevé chez les vaccinés que chez les non-vaccinés. Conclusion présentée par l’article : Nous voyons que les vaccins sont très efficaces, mais il faut re(re...)vacciner.

Les souvenirs des études de philo que La Souris a entreprises dans sa jeunesse la font soupçonner qu’il ne s’agit pas là d’une conclusion logique rigoureuse. Car elle n'a trouvé aucun élément dans cet article qui démontre que les vaccins soient très efficaces en Belgique, ou l'aient été... les données citées permettent juste de constater que leur efficacité actuelle n'est pas mirobolante en Belgique. Ainsi, le raisonnement lui rappelle plutôt cette devise des Shadoks: "Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas" (plus d'informations sur ces bestioles mythiques, bêtes, méchantes et incorrigibles qui ne connaissent qu’une réponse à tout problème : il faut pomper).



Il serait fort intéressant que la presse française s’interroge un peu sur « l’énigme française » qui fait qu’en France, les vaccins Covid sont d’une efficacité imparable (Les non-vaccinés sont douze fois plus nombreux que les vaccinés en soins critiques, rapporte Le Monde). Dans son analyse d’une statistique émise par les autorités françaises, le statisticien Pierre Chaillot a récemment avancé l’hypothèse que cette efficacité extraordinaire pourrait peut-être s’expliquer par une heureuse interaction entre les vaccins Covid, le fromage et le vin français… (voir son analyse très éclairante en vidéo ou sous forme d’article : Épi-phare, une étude d'autovalidation du ministre de la Santé). Car dans d’autres pays où le taux de vaccination est comparable à celui de la France, le taux des vaccinés hospitalisés est radicalement différent. Avec la Belgique, on peut citer par exemple la Grande Bretagne : Le dernier rapport de la UK Health Security Agency montre qu’au 31 octobre, les personnes entièrement vaccinées représentent 55% des cas de Covid, mais 68% des hospitalisations et 83% des décès. Au 31 octobre, 67,02% de la population était « fully vaccined ».


Mais au lieu de s’interroger et enquêter sur ces « énigmes », médias et politiques continuent à naviguer avec la boussole du capitaine Shadok ("Quand on ne sait pas où on va… il faut y aller !! Et le plus vite possible."). Si on ne questionne jamais l’hypothèse de base (les vaccins sont très efficaces), la seule réponse possible reste « il faut pomper/vacciner plus ! » (La Souris n'ignore pas que les finalités affichées peuvent cacher d'autres objectifs. Ici, elle tente juste de suivre les logiques présentées au public.)


La Souris voudrait conclure avec l’histoire de « La poudre anti-éléphants ». Dans son livre Faites vous-même votre malheur (Paris, Seuil 1983), Paul Watzlawick, psychologue et psychothérapeute américain d'origine autrichienne et grand spécialiste des paradoxes, illustre par cette histoire comment on peut rester bloqué éternellement dans une hypothèse autovalidante. Il raconte


« l’anecdote du vieux monsieur qui, dans un train entre Vannes et Angers, ouvrait la fenêtre toutes les dix minutes pour jeter une poudre mystérieuse qu’il tirait d’une manière de tabatière en ivoire. « Qu’est-ce que c’est que cette poudre ? » finit par s’enquérir un voyageur intrigué par ce manège. C’est une poudre anti-éléphants de mon invention », répond le vieil homme. « Mais voyons, il y a pas d’éléphants entre Vannes et Angers ! » « Eh, pardi, rétorque le vieillard, c’est que ma poudre est efficace ! ».